Jean-Claude DANA

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État de veille (2003)

Extrait : Combat dans la forêt

Je m’immobilise un peu plus loin, entendant quelqu’un approcher.
C’est Raf, le bourreau des cœurs. Celui qui avait été si tendre avec Bernadette. Il tient un pistolet automatique, apparemment un Walther P 99, en 9mm Para. Une belle arme très moderne.
Me souvenant que Doc a ordonné à ses hommes de me prendre vivant, il me vient une idée.
Un peu risquée, mais il me faudrait localiser les autres… surtout Rudy. J’avance alors bruyamment en direction de Raf, les bras le long du corps, ma main droite tenant mon automatique que je cache derrière ma cuisse, l’air apeuré et en implorant d’une voix gémissante :
- Non, ne tirez pas s’il vous plaît, ne me faites pas de mal, je vais tout vous dire, mais ne me faites pas de mal !
Raf me regarde arriver, et se détendant, brusquement hilare :
- Eh Doc, je le tiens, il est là ! Raf, Rudy ? Venez !
Une autre voix, qui me semble bien lointaine, répond. C’est celle de Johnny. Rudy, quant à lui, reste étrangement silencieux.
Je ne suis qu’à quelques mètres de Raf. Il tient mollement son arme qu’il doit penser superflue, sa prétention naturelle lui ôtant toute prudence. Pour lui, je ne suis qu’un cave, rien d’autre, donc quelqu’un d’éminemment inoffensif.
Quand il aperçoit dans ma main droite brusquement levée le trou noir du canon de mon 45, une intense panique l’envahit et il tente désespérément de me mettre en joue.
Je tire un doublé, deux coups rapides, logeant une balle dans chacune des épaules de mon adversaire qui lâche son arme.
Dans le même temps, je me propulse sur la droite en effectuant un acrobatique roulé-boulé à travers les buissons. Bien m’en a pris. Quatre coups de feu claquent, dans le même style que les miens, arrosant la position où je me trouvais quelques dixièmes de seconde auparavant.
C’est bien ce que je pensais : Rudy est aussi un spécialiste du tir de combat. Il a vraisemblablement reconnu dans les détonations de mon automatique les aboiements rauques caractéristiques du calibre 45 ACP.
Il connaît aussi la technique des doublés, les fameux double-taps. Le but recherché est de loger deux balles dans la cible, l’une étant légèrement plus haute que l’autre, compte tenu du recul.
Il est aussi plus aisé de cette manière de compter les cartouches qui restent, afin de prévoir les changements rapides de chargeur.
Sur le plan pratique, la position du practical shooting, le tir de combat en parcours de police, consiste à caler de la main gauche l’arme solidement tenue dans la main droite, et à viser un peu plus bas que la cible. Le bras droit étant bien tendu, la main gauche recouvre la droite en exerçant une pression arrière, en sens inverse, de manière à ce que l’ensemble arme-bras droit-bras gauche forme un bloc parfaitement verrouillé.

Les différentes prises de visée se font alors, soit en faisant pivoter son torse, soit par rotation du corps tout entier.
D’après le bruit des détonations émises par Rudy, il doit avoir un pistolet semi- automatique en calibre neuf millimètres parabellum, sans doute le Beretta modèle 92F qu’il m’a semblé apercevoir à sa ceinture.
Une excellente arme et un calibre classique. Bon pouvoir de pénétration, mais insuffisant en ce qui concerne le shocking-power, le pouvoir de choc destiné à paralyser les centres nerveux. Dans le combat rapproché, le but est de mettre son adversaire hors d’état de nuire afin qu’il ne puisse répliquer, même dans un dernier sursaut.
En effet, à l’inverse, un combattant blessé mortellement par une balle de 22 long rifle supersonic, une munition très perforante, mais sans pouvoir de choc, disposerait encore, quoique potentiellement mort, de quelques secondes pour riposter.
Il faut en conséquence utiliser en combat rapproché une munition au fort pouvoir vulnérant lors de l’impact.
Le 357 Magnum serait correct pour cela. Le 44 Magnum serait, lui, parfait, mais on ne trouve généralement ces calibres que sur des revolvers, dont la capacité est limitée à six coups.
Le calibre 45 ACP, surtout avec les cartouches que j’utilise, est la meilleure solution possible.
Je pousse un cri pour amuser la galerie, hurlant.
- Ne tirez plus, j’ai mon compte, pitié !
Cette diversion peut me faire gagner quelques secondes. En effet, je n’en ai pas encore terminé avec Raf.
J’ai un cadeau posthume à lui délivrer.
C’est dangereux, mais nécessaire.
Je reviens silencieusement vers ce dernier.
Il est assis par terre, les bras ballants, inutilisables à présent qu’il a les épaules fracassées.
Son arme gît à ses pieds. Je me glisse en rampant jusqu’à lui en lui faisant signe de ne pas faire de bruit. Il me regarde, hagard, observant le silence que je lui intime, attendant par sa docilité je ne sais quelle clémence de ma part.
L’une des tares rédhibitoires des tueurs est de croire qu’ils sont les seuls à pouvoir délivrer la mort sans état d’âme. Parvenu tout près de lui, je lui susurre à l’oreille :
- Tiens, tombeur, ça, c’est un petit cadeau de la part de ma femme ! Dans quelques secondes, les morceaux de tes joyeuses iront décorer les arbres et nourrir les corbeaux ! S’ils ne sont pas dégoûtés !
Je lui montre rapidement la grenade que je dégoupille ostensiblement avant de la glisser dans son pantalon, bien au contact de son membre prétendument ravageur.
Puis je repars rapidement vers la gauche, m'aplatissant le plus possible sur le sol.
Raf se met à hurler, un cri de désespoir qui s’achève en hululement avant de s’éteindre avec la déflagration de la grenade.
Je pense avoir localisé l’endroit d’où sont partis les derniers coups de feu. Rudy aurait pu se manifester auparavant, croyant m’avoir touché. A présent, ayant entendu les cris de Raf et l’explosion de la grenade, il n’y a plus aucune chance pour que Rudy découvre prématurément sa position.

Et puisqu’il va se méfier encore plus maintenant, il va falloir que ce soit moi qui le débusque. Je tire rapidement six doublés en arc de cercle devant moi et je change de position le plus rapidement possible, tout en remplaçant le chargeur vide de mon arme par un autre.
En réplique à mon tir de barrage, une dizaine de coups de feu claque, une partie seulement vers la position que j’occupais, les dernières me sifflant aux oreilles.
Ce Rudy connaît la musique, décidément.
J’arrose à nouveau les buissons d’où les coups de feu semblent être partis… Je vide tout un chargeur, pendant que d’autres détonations me répondent.
Je sens une vive douleur me brûler le bras gauche, juste en dessous de l’épaule. Je me déplace le plus silencieusement possible, tout en changeant de chargeur.